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Les registres littéraires : comprendre leurs caractéristiques et leurs effets

Dernière mise à jour : il y a 8 heures


Feuilles de papier sur une table, prêtes pour l'étude des registres littéraires


📢 Les registres littéraires, parfois appelés tonalités, désignent la manière dont un texte exprime et suscite des émotions.










1. Les registres littéraires et leur utilité


Les registres littéraires permettent de décrire l'atmosphère, le style et l'impact émotionnel d'un texte. Ils permettent de décoder les intentions de l'auteur et les effets recherchés sur le lecteur. En identifiant le registre d'un texte, on peut mieux comprendre son sens et sa portée.

Les registres littéraires permettent d’analyser le style d'un auteur et la manière dont il utilise le langage pour créer des effets spécifiques. Ils rendent notre lecture plus intéressante, ce qui nous aide à mieux apprécier la beauté et la richesse des œuvres littéraires.



2. Les différents registres


Les registres littéraires, c’est ce qui donne à un texte son ton et son effet sur le lecteur. Certains font rire, d’autres émeuvent ou impressionnent. Découvre les principaux registres et comment les reconnaître.



  • Le registre tragique


Il traite l’impuissance de l’être humain devant un destin qui le frappe soudainement, en développant le plus souvent la thématique de la mort et en exprimant la fatalité d’un destin qui voue l’homme à la mort. Il suscite une forte émotion. Si ce registre est propre à la tragédie il peut aussi se manifester dans d’autres genres.

→ Antigone (Sophocle), Roméo et Juliette (W. Shakespeare)



  • Le registre pathétique


Ce registre tente de provoquer une réaction forte chez le lecteur devant une situation inhumaine. Son but est de le bouleverser, d'éveiller sa pitié, sa souffrance et même sa terreur. Il peut s'associer à une tonalité dramatique ou tragique.

→ À la recherche du temps perdu (M. Proust), Les Misérables (V. Hugo)



  • Le registre dramatique


Il cherche à créer une tension et une intensité émotionnelle chez le lecteur ou le spectateur. Il est souvent caractérisé par des situations conflictuelles, des retournements de situation, et des moments de suspense. Ce registre vise à maintenir l'attention et à faire ressentir de l'angoisse, de l'empathie ou de l'excitation. Il se distingue par sa capacité à captiver et à engager le public, souvent en mêlant actions et émotions fortes.

→ Roméo et Juliette (W. Shakespeare), La Petite Fille aux allumettes (H.C Andersen)



Illustration d’un chevalier en armure représentant le registre épique
  • Le registre épique


Il se caractérise par la mise en scène de héros extraordinaires accomplissant des exploits grandioses, souvent dans des contextes de guerre ou d'aventures héroïques. Ce registre vise à inspirer admiration et exaltation chez le lecteur, en utilisant un style grandiose et des descriptions magnifiées. Il met souvent en avant des valeurs comme le courage, la loyauté et l'honneur.

→ L’ Iliade (Homère), La chanson de Roland



  • Le registre lyrique


Le registre lyrique désigne à l'origine une poésie destinée à être chantée avec l'accompagnement de la lyre. L' adjectif « lyrique » fait référence aux sentiments intimes tels que l'amour, la joie et la mélancolie. Le narrateur ou le poète partage avec le lecteur ses émotions personnelles, ses états d'âme comme la nostalgie, le regret et la tristesse. Ce registre utilise des procédés tels que les exclamations, l'utilisation de la première personne, les interrogations et les points de suspension. Bien que ce registre soit principalement présent en poésie, ce n'est pas une règle absolue.

→ Les Contemplations (V. Hugo)

→ Les Fleurs du mal (C. Baudelaire)



  • Le registre polémique


Le registre polémique est associé à la critique. Ce registre peut rapidement adopter un ton agressif pour dénoncer un scandale lié à l'action ou au comportement d'une personne, en utilisant une argumentation vive et incisive. L' objectif du débat est de provoquer une réaction chez le destinataire. Ce registre vise à remettre en question, à contester, et à provoquer une prise de conscience ou un changement de perspective.

→ Candide, ou l'Optimisme (Voltaire)

→ J'accuse (É. Zola)



  • Le registre réaliste


Le registre réaliste, caractéristique de certains romans du XIXe siècle, met en avant les détails de la vie quotidienne. Sans émotion, il donne un « effet de réel » à un certain milieu de vie. Ce registre est également présent dans de nombreux articles de presse d'information qui cherchent à exprimer une relative neutralité, sans complaisance, en montrant tous les aspects, même les plus déplaisants.

→ Germinal (É. Zola)

→ Madame Bovary (G. Flaubert)



  • Le registre comique


Ce registre met en avant le thème du ridicule et provoque le rire grâce à différents types de comiques : de geste, de mots, de situation et de caractère. Ces distinctions sont particulièrement pertinentes pour le théâtre. Le rire peut également naître du langage des personnages, de la parodie, du raisonnement par l'absurde et de l'effet de surprise. En plus de divertir, le registre comique peut aussi critiquer des travers sociaux ou des comportements humains de manière humoristique.

→ L’ Avare (Molière)

→ Le Mariage de Figaro (Beaumarchais)



  • Le registre ironique


Le registre ironique, associé au thème de la raillerie, consiste à dire le contraire de ce que l’on pense, tout en laissant des indices qui montrent que l’on ne le pense pas vraiment. Ce registre permet de dénoncer de manière indirecte et au second degré quelque chose d’inacceptable, qu'il s'agisse d'une personne, d'une idée ou d'une situation. Une complicité s'établit ainsi entre l'auteur et le lecteur, qui doit réfléchir sur le véritable message. Le terme « ironie » vient du grec eironeía, qui signifie « interrogation ». L'ironie repose sur différents procédés de décalage : juxtaposition d'un sujet sérieux et d'un registre léger, accord feint avec une thèse rejetée, démonstration logique à partir de propositions absurdes, ainsi que l'utilisation d'antiphrases, de litotes et d'exagérations.

→ Les Lettres persanes (Montesquieu)

→ Candide ou l'Optimisme (Voltaire)



  • Le registre satirique


Le registre satirique se caractérise par une critique virulente et moqueuse des défauts ou des vices. Proche de la raillerie et du sarcasme, ce registre utilise souvent la déformation par exagération, ce qui le rapproche de la caricature. L'objectif est de dénoncer et de ridiculiser des comportements ou des situations pour inciter à la réflexion et à la remise en question.

→ Les Caractères (J. de La Bruyère)

→ La Ferme des animaux (G. Orwell)



  • Le registre fantastique


Le registre fantastique est utilisé dans des récits qui suscitent l'inquiétude et la peur, car ils semblent réels tout en présentant des éléments incroyables, tels que des monstres ou des fantômes. Ce registre crée une atmosphère de doute et de trouble, où le lecteur hésite entre une explication rationnelle et surnaturelle des événements.

→ Le Horla (Maupassant)

→ Le Portrait de Dorian Gray (O. Wilde)



  • Le registre de la science-fiction


Le registre de la science-fiction est typique des récits qui explorent des concepts scientifiques et technologiques. Il dépeint des mondes qui n'existent pas encore, mais qui pourraient potentiellement exister dans le futur. Ce registre imagine des avancées scientifiques, des innovations technologiques et des sociétés futures, souvent en anticipant les impacts sur l'humanité et la civilisation.

→ 1984 (G. Orwell)

→ Vingt mille lieues sous les mers (J. Verne)



  • Le registre oratoire


Le registre oratoire est utilisé lorsque l'auteur veut que son discours ait un impact fort sur ses lecteurs. Ce registre cherche à persuader, à émouvoir et à marquer les esprits par la puissance et l'éloquence des mots. Il s'appuie souvent sur des techniques de rhétorique comme les répétitions, les questions rhétoriques, les anaphores et les apostrophes pour renforcer son message.

→ Discours sur l’esclavage (V. Hugo),

« I Have a Dream » (M. Luther King Jr)


  • Le registre épidictique


Le registre épidictique est utilisé pour faire l'éloge (susciter l'admiration) ou pour blâmer (susciter le dégoût). Ce registre a pour but de valoriser les qualités ou de dénoncer les défauts de quelqu'un ou de quelque chose, souvent de manière cérémonielle ou solennelle. Il utilise des procédés rhétoriques comme les hyperboles, les antithèses et les métaphores pour renforcer l'admiration ou la critique.

→ Discours sur la tombe de Jean Moulin (A. Malraux)

→ Les Caractères (J. de La Bruyère)



  • Le registre didactique


Le registre didactique est lié au thème de la leçon et est utilisé pour transmettre un enseignement. Ce registre vise à instruire le lecteur ou l'auditeur en fournissant des informations claires et structurées, souvent accompagnées d'exemples ou d'explications. Il utilise un langage précis et pédagogique pour faciliter la compréhension et l'assimilation des connaissances.

→ Les Fables (J. de La Fontaine)

→ Émile ou De l’éducation (J.J Rousseau)

 




Un registre littéraire oublié : le burlesque

 


Un acteur et une actrice avec un masque illustrant le registre littéraire burlesque

Le registre burlesque repose sur un contraste entre le sujet et le style. Il s'agit de traiter un sujet noble et sérieux (héros, dieux, événements historiques) avec un style familier, trivial ou comique. À l’inverse, on peut aussi appliquer un style noble et soutenu à un sujet ordinaire ou ridicule : c’est ce qu’on appelle l’héroï-comique, une forme particulière du burlesque.


🧐 Origine

Le registre burlesque apparaît principalement au XVIIe siècle, dans un contexte où la parodie et la moquerie des modèles antiques connaissent un grand succès. Des auteurs comme Paul Scarron ou Boileau s’en servent pour détourner des œuvres célèbres et amuser leur public tout en critiquant certains excès littéraires ou sociaux.



Effets produits

  • Il provoque le rire par le décalage entre le fond et la forme.

  • Il souligne l’absurdité ou le ridicule de certaines situations ou personnages.

  • Il peut aussi servir à remettre en question les valeurs associées aux grands récits héroïques.


Dans Le Virgile travesti (1648), Scarron réécrit l’épopée latine L’ Énéide en multipliant les situations grotesques et les expressions familières. Au lieu d’un héros glorieux, Énée devient un personnage maladroit confronté à des aventures ridicules.

Le registre burlesque joue sur le décalage entre ce que l’on raconte et la manière dont on le raconte. Il invite à prendre du recul face aux récits héroïques et permet de transformer des histoires sérieuses en véritables comédies.

 










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