A l'honneur... la bibliothèque Marmottan
- Stéphanie Mongenie
- 3 févr.
- 4 min de lecture
Dernière mise à jour : 13 mars
Première partie

« Une bibliothèque, c’est le carrefour de tous les rêves de l’humanité. »
Julien Green (1900-1998) – écrivain américain, 1er membre étranger de l’Académie Française en 1971.
Un Peu d’Histoire, Un Peu d’Art
La Révolution Française ne laisse pas seulement la France dans l’incertitude politique, elle engendre une nouvelle nation qui se reconstruit sur des fondements plus humains. La politique, l’économie, la littérature et les arts connaissent un tournant majeur. Le temps des réformes s’annonce et ces dernières commencent à devenir visibles. De nouvelles lois apparaissent, l’homme revient au coeur des préoccupations, et Paris s’orne de monuments somptueux, d’hôtels particuliers et de rues à sa mesure.
Ainsi, Germain Soufflot érige le Panthéon mêlant Antiquité et Renaissance – Pierre-Alexandre Vignon s’inspire du Parthénon d’Athènes pour créer la Madeleine – et Paul Abadie emprunte à Byzance son style oriental, pour dessiner le Sacré-Coeur. La Capitale se façonne peu à peu.
Au XIXème siècle, la France oscille entre Empire, Monarchie et République. Cette époque tourmentée lègue à ce pays en devenir démocratique, un important patrimoine artistique et culturel. Le romantisme fait son apparition et concurrence le néo-classicisme, qui prône un retour aux formes d’arts empruntées à l’Antiquité. Un vent de libéralisme souffle sur le continent ; les poètes s’affranchissent des contraintes, les peintres tendent vers une technique plus moderne et l’architecture se renouvelle sous l’égide du Baron Haussmann.
Le temps faisant son oeuvre, le néo-classicisme laisse peu à peu la place à la Révolution Industrielle et aux constructions métalliques, conférant à la France une pluralité architecturale inégalée.
Dans un contexte en perpétuelle évolution, Paul Marmottan – historien, critique d’art, collectionneur et mécène français – dédie sa vie à la recherche et à la culture. Sa maison devient un musée, sa bibliothèque un monument. Cette sublime bâtisse de style empire est un temple dédié à l’art, aux livres, à l’Empereur. Elle demeure un précieux témoignage de l’époque Napoléonienne.
Germain Soufflot (1713-1780) est un architecte français néoclassique.
Pierre-Alexandre Vignon (1763-1828) est un architecte français néoclassique.
Paul Abadie (1812-1884) est un architecte français, qui participe à la restauration de Notre Dame de Paris en 1845.
Georges Eugène Haussmann (1809-1891), appelé le Baron Haussmann, est un haut fonctionnaire et un homme politique français qui dirige la transformation de Paris sous le Second Empire (1852-1870).
Un Homme Passionné & Généreux
Paul Marmottan est né en 1856. Son père Jules Marmottan – un collectionneur passionné par l’Antiquité et par le Moyen-Age – acquiert au fil du temps un florilège d’oeuvres significatives, qui siègent à son hôtel du XVIe arrondissement de Paris. Les collections s’annoncent comme un trait de famille, unissant les deux hommes.
Soucieux d’offrir à son fils une éducation rigoureuse et élitiste, Jules envoie son jeune fils à Bohn en Rhénanie, dans une institution prestigieuse. Dès lors, Paul n’a de cesse de s’intéresser à ce pays, mais la guerre franco-prussienne de 1870 le contraint à mettre fin prématurément à son séjour. Si la défaite de la France affecte profondément le jeune homme, il voyage de nouveau, et son envie d’ailleurs le mène en Italie, en Egypte, en Suisse, en Pologne et en Russie.
Il emporte avec lui des petits carnets de voyage, dans lesquels il note ses impressions et retrace ses itinéraires. Ces derniers sont une source d’information précieuse sur la France et l’Europe du début du siècle, nourrie par la soif de connaissance du jeune Paul.
Tandis que le Premier Empire est loin, son empereur repose à Sainte-Hélène, depuis 1821. Paul Marmottan, novateur et visionnaire, perçoit une période charnière où les fondements d’un monde moderne s’annoncent.
Attiré très tôt par l’écriture, Paul écrit dès l’âge de vingt-et-un ans. Il publie « à compte d’auteur », son premier recueil de poèmes en 1877, Les Primevères. Insatiable, il rédige au cours de sa vie plus de deux cents publications et articles, dont certains sont autobiographiques.
Le décès prématuré de son père en 1883 le libère des obligations administratives. Il hérite d’une grande fortune et d’un pavillon de chasse près du Bois de Boulogne.
Diplômé d’un doctorat de droit en 1880, Paul emprunte un tout autre chemin. Il faut dire que son père lui forge une âme solide de collectionneur passionné d’histoire. Dès lors, il consacre sa vie à la recherche, il achète des documents, des tableaux, des gravures. Il se décrit lui-même comme un artiste au goût pur. Il aide à la création du musée de l’Armée aux Invalides, et transforme peu à peu le pavillon de chasse en mausolée regroupant ses acquisitions.
Paul Marmottan constitue une impressionnante bibliothèque de revues, de livres, d’autographes et d’archives sur l’Empire, qui reste de nos jours « une institution » spécialisée de cette époque. Afin d’enrichir sa collection, il acquiert des objets d’arts authentiques et du mobilier décoratif. Mécène de son temps, Paul Marmottan soutient les musées et les lieux culturels de province. Sa vie entière est vouée à l’art, à l’écriture et à l’intérêt pour son époque, le Premier Empire.
Monsieur Marmottan n’a pas d’héritier ; il lègue sa collection et la totalité de ses biens à l’Académie des Beaux-Arts de Boulogne-Billancourt. A sa mort en 1932, son immense patrimoine revient à la France. Son hôtel particulier devient musée en 1934 et sa bibliothèque – inspirée du style Premier Empire – rassemble les livres, les documents d’archives et les oeuvres d’art acquises tout au long de sa vie. Cette collection reste à ce jour l’une de plus belles ressources historiques pour les chercheurs férus du XIXe siècle.
Napoléon Bonaparte (1769-1821), Napoléon 1er, Empereur de France de 1804 à 1815, est envoyé par les Anglais à Sainte-Hélène – île perdue de l’Océan Atlantique Sud – à la suite de la défaite de Waterloo en 1815.
La publication « à compte d’auteur » signifie que l’auteur finance lui-même les frais liés à son ouvrage, comme l’impression et la publicité de son livre.
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